Publié par : Claude Marchis | 28 mars 2010

Ballade et querelle à Fabas

Ballade et querelle  à Fabas, dans la triste vallée du Tarn

Lui la bonne cinquantaine, elle jeune quinquagénaire, un couple de randonneurs quittèrent Saint-Juéry dans le Tarn par un dimanche matin frais et gris de fin d’hiver pour retourner dans leur contrée montagnarde des monts de Lacaune. Ils décidèrent d’emprunter la route de la vallée du Tarn et s’arrêtèrent à un joli Hameau nommé Fabas. Après avoir visité le vieux cimetière annexé à une charmante église, ils empruntèrent un sentier situé tout près qui les menait sur les berges de la rivière. Sur cette rive, ils prirent une pause, s’assirent face au fleuve et entamaient un modeste repas dominical. Le plaisir de déguster un plat préparé en contemplant cet environnement bucolique fût quelque peu troublé. La quiche lorraine était à peine terminée que bizarrement, les randonneurs sentirent comme une présence derrière eux. En se retournant subrepticement, ils virent un homme qui les regardait fixement juché sur un muret limitant un terrain sur lequel on apercevait plus loin une ancienne maison et une habitation légère. Qu’importe ce manquement à la bienséance, ils continuèrent, un peu gênés, leur léger repas. Un souffle de vent froid venu du nord-est fit lever le randonneur pour aller chercher une veste laissée à quelque mètre de leur endroit.

  • Vous avez vu le panneau ? L’observateur montrait un panneau indiquant propriété privée planté devant les habitations. La surprise fit hésiter le presque sexagénaire, ce qui fit renchérir le propriétaire.
  • Vous êtes ici chez moi
  • Nous ne sommes pas chez vous puisque nous sommes au bord de la rivière et nous n’embêtons personne, nous ne faisons que passer après un petit moment de repos. C’est pour cela que vous nous observiez depuis un moment?
  • Monsieur, vous êtes chez moi, je suis propriétaire du terrain jusquà la moitié du fleuve.
  • Vous devriez le clôturer jusqu’au milieu du fleuve.

Le ton montait légèrement puis le randonneur se ré-assit pour terminer la fameuse quiche et tenter d’apprécier l’orange qui terminait le repas. Peu après, le propriétaire revint muni de son acte de propriété accompagnés des plans prouvant sa jouissance. Le ton monta à nouveau d’un cran. Point d’insultes, ni tiraillements, mais les échanges verbaux devinrent plus vifs et quel envie eût celui qui était considéré comme usurpateur de propriété de bousculer vivement celui qui se croyait outragé dans son droit. Finalement, le couple de promeneur décida de prendre le café ailleurs, ce qui mit fin à une querelle qui aurait pu bien mal se terminer. En passant devant l’entrée principale, face au cimetière, près du sentier qui menait à la rive, ils remarquèrent cette fois un panneau en plastique blanc sur lequel était écrit à la main : plage interdite.

Nos gens n’avaient certes pas le dessein de contester et encore moins de violer la propriété de celui qui les avait véritablement agressé. Sans être particulièrement naïf ou ignorant des lois civiles, on peut croire que la rivière est à tout le monde. De cette journée, il est resté une blessure pour ce couple tranquille qui ne cherchait pas d’histoire en savourant, quelques instants, la beauté d’un paysage d’hiver qu’offrait ce coin tranquille de la vallée du Tarn. La société a évolué, la politique de libéralisation, l’augmentation du niveau de vie ont fait que nous devenions, quasiment tous, un jour propriétaire de notre habitation , et cela nous convient et nous paraît normal de nos jours. Mais évitons l’écueil de la peur et du rejet de l’autre que l’on considère à priori comme usurpateur. Le comportement agressif du maître des lieux dans cette histoire montre à quel point l’instinct de possession peut être exagéré. Ce que notre civilisation a construit au fil des générations ne peut être refait, mais gardons à l’esprit que nous devons vivre ensemble le mieux possible. Même si l’Homme moderne a suivi un autre chemin que celui que nous montrait Jean-Jacques Rousseau , gardons en mémoire son texte afin de tempérer nos égoïsmes :

Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres,que de misères et d’horreur n’eût point épargné au genre humain celui, qui arrachant les pieux ou comblant les fossés, eût crié à ses semblables : « Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre est à personne ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :