Publié par : Claude Marchis | 7 août 2010

Commentaire sur un nouveau modèle européen de croissance

Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie et ses collègues de l’environnement britannique et allemand, messieurs Chris Huhne et Norbert Röttgen ont fait paraître un article dans « Le Monde » du 16juillet qui expose leur politique de réduction des émissions de carbone en imposant un modèle de croissance neuf en Europe. Leur stratégie est claire : développer les nouveaux secteurs énergétiques à faible émission de carbone qui permettra d’assurer la pérennité de nos ressources énergétiques et de lutter contre le réchauffement climatique. L’objectif européen actuel de réduction de 20% en 2020 par rapport à 1990 est selon eux insuffisant mais devrait être porté à 30%. Certes, ces nouveaux champs d’investigation vont nécessiter de nouvelles recherches et études, des réalisations d’infrastructures innovantes. L’exploitation de ces nouvelles filières technologiques, la création de nouveaux services répondant aux critères écologiques vont créer de nouvelles activités et relancer l’économie de nos pays. Nous ne pouvons mieux attendre d’une telle ambition. Des incitations à l’investissement seront mises en place, les entreprises européennes sollicitées. Or, le coût de la réalisation d’un objectif de réduction à 30% en Europe a été calculé, puis recalculé compte-tenu de la récession économique et finalement estimé à 81 milliards d’euros. Seulement, le lancement d’un projet d’une telle envergure nécessite des justifications fortes et concrètes et celles qui figurent dans ce plan de nouvelle économie ne paraissent guère convaincantes. En effet, en ce qui concerne les ressources pétrolifères et la sécurisation de notre énergie, les experts sont bien incapables de se mettre d’accord sur les réserves actuelles et futures et sur l’évolution des pratiques de consommations des pays du monde entier. D’autre part le risque climatique est très contesté, non seulement par ceux que l’on nomme les climato-septiques, guidés par leur expérience, leurs observations ou leurs intuitions mais aussi et plus sérieusement, par ceux qui rejettent totalement la validation scientifique de l’hypothèse d’un réchauffement irréversible. L’appel à la mobilisation des consciences européennes suite à de tels arguments parait insuffisamment justifiée et naïve.

Les véritables acteurs, entreprise et particuliers, de la réalisation de cette ambition de croissance, les premières parce qu ‘elles seront sollicitées à investir , les seconds, parce qu’ils seront appelés à modifier leur modes de vie et à réhabiliter leurs logements, sauront-ils suffisamment convaincus pour se lancer à fond dans la bataille . N’est-ce pas une maladresse que d’invoquer la crainte, pour instaurer un nouveau modèle économique? Les populations croient déjà aux valeurs écologiques, sont favorables à la lutte contre le gaspillage et montrent un comportement civilement responsable et respectueux de l’environnement depuis déjà des années. Un modèle économique d’ouverture aux nouveaux métiers, tel qu’il est présenté par M. Borloo répondra aux attentes certes, mais l’argumentation à caractère urgentiste risque de ne point plaire surtout quand elle laisse entendre une certaine responsabilité des populations dans cette catastrophe annoncée. Les directives gouvernementales devraient se limiter à encourager l’innovation, favoriser la création et mettre en place des systèmes d’aide et de conseil. Rappelons que ce sont souvent des initiatives d’entreprises privées, quelques fois individuelles, qui ont apporté un essor technologique fulgurant dont les réalisations ont fait évoluer notre civilisation. Ceux de ma génération ont connu récemment l’explosion des télécommunications, notamment par l’invention et la commercialisation galopante du téléphone mobile; l’utilisation de l’internet à des fins civiles, pratiques, intellectuelles; la micro-informatique des années 80, proposant l’ordinateur à la portée de tous, l’informatique gros-systèmes des années 70. Si toutes ces découvertes, nées dans la seule ambition de modernisation, ont été critiquées trop souvent par ignorance ou par peur mesquine de la nouveauté, elles ont contribué irrémédiablement à notre confort. Cette dynamique d’inventer est constante et loin d’être éteinte. Les pouvoirs publics n’ont qu’a montré les directions. Inutile de crier au loup.

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