Publié par : Claude Marchis | 11 mars 2017

La vie ailleurs (Tarn libre)

La vie ailleurs            

Parution dans le Tarn libre du 24 mars 2017

La nature a ses lois. Elle règle l’univers entier aussi vaste soit-il. De la naissance à la mort des étoiles tout s’enchaîne pareillement dans la grande immensité. Les milliards d’étoiles, les nuages interstellaires sont constitués des mêmes particules, des mêmes atomes, des mêmes molécules. L’homogénéité règne dans l’univers. Que ce soit dans notre proche environnement ou dans des galaxies lointaines à quelques millions d’années-lumière de notre terre, on retrouvera les mêmes éléments comme l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le fer, le carbone, enfin tout ce qui constitue les molécules de la matière universelle. Aujourd’hui le pan majeur de l’astrophysique est la recherche d’exoplanètes et de vie extraterrestre. La stratégie est simple, elle est d’identifier des macromolécules organiques semblables à celles qui existent sur notre planète. Les lois de la nature s’appliquant à tout l’univers, le vivant devrait exister ailleurs.

Le champ des connaissances en cosmologie s’est récemment élargi. Une équipe internationale a dressé une cartographie en 3D d’une partie de l’univers de 90 000 galaxies. Bien avant de disposer de cette carte précise et inédite, les astrophysiciens estimaient 100 milliards d’étoiles dans notre galaxie la Voie Lactée avec en conséquence un chiffre faramineux de planètes. Mais comment orienter les recherches? Face au nouveau Graal de la science astrophysique, la biologie et l’astrophysique vont collaborer et sélectionner des planètes qui présenteront des indices de probabilité de vie.On augmentera les chances en ciblant les exoplanètes présentant des caractéristiques semblables à celles de notre terre, de masse, de température, de luminosité, de pression, d’acidité, de basicité, on retiendra celles qui possèdent une atmosphère, de l’eau liquide, une constitution rocheuse et liquide, des éléments gazeux dans leurs atmosphères produits par le vivant comme l’ammoniac, le méthane, le gaz carbonique, celles aussi qui bénéficient d’événements hautement énergétiques (activité stellaire, événements orageux, activités volcaniques, flux de rayons ultraviolets du milieu interstellaire).

Un avenir prometteur grâce aux évolutions de la spectrographie

En astronomie, la spectrographie est un procédé d’analyse de la lumière émise par les étoiles. La lumière de l’univers est riche d’enseignements pour les astrophysiciens. Analysées par un spectrographe, des variations de fréquence des ondes lumineuses provenant des étoiles permettent d‘analyser les mouvements des objets célestes. De plus, en ce qui concerne l’existence de traces de vie, la lumière porte en elle des empreintes d’éléments atomiques, leurs identifiants étant codés dans le rayonnement lorsque celui-ci traverse une atmosphère planétaire. Chaque signature d’atome est figurée par des raies spécifiques sur les graphes d’analyse du spectrographe. En physique atomiste, les raies spectrales s’expliquent par des libérations d’énergie caractéristiques à l’atome, lors de passages d’électrons d’un niveau supérieur d’énergie vers un niveau inférieur.

Dans un avenir très proche, des spectrographes de haute technicité, dotés d’une meilleure résolution permettront de dévoiler des éléments jusqu’alors difficilement détectables, en priorité ceux qui constituent ce qu’on appelle les «briques» du vivant sur des planètes lointaines.

Les recherches de demain

L’étude des exoplanètes connaîtra dans les prochaines années une évolution décisive. Nombre de missions internationales sont engagées pour le développement des observations au sol ou dans l’espace. L’avenir est prometteur grâce en partie aux nouvelles techniques de l’imagerie qui consiste à observer directement des planètes en lumière naturelle ou en infra-rouge, en s’affranchissant de l’éblouissement de la forte luminosité des étoiles. Des recherches utilisant l’imagerie sont programmées, notamment l’observation du système stellaire Alpha du Centaure, connue et réputée depuis la découverte en avril 2016 de la planète Proxima b. Des sondes spatiales en cours d’études seront envoyées en destination de notre étoile voisine située à moins de 4 années-lumière. Pour ce projet fascinant d’une inédite escapade scientifique au-delà du système solaire, des ressources terrestres sont mobilisées, notamment celles du télescope européen VLT au Chili pour lequel les ingénieurs ont déjà réservé des moments d’observations.

D’autres projets dans l’espace sont lancés. Le télescope spatial Kepler de la NASA sera remplacé en fin 2017 par le télescope spatial TESS. On doit au premier une grande avancée spectaculaire dans la découverte d’exoplanètes. Lancé en 2009, il était chargé de détecter des planètes de type terrestre dans un petit carré de la voûte céleste. L’objectif de son remplaçant, TESS, sera de confirmer l’existence de vivant. Il aura en charge de détecter des planètes en zone d’habilité en utilisant la méthode dite du transit qui consiste à déceler les variations de lumière d’une étoile provoquée par le passage d’une planète devant elle. Les planètes candidates seront ensuite confiées au futur télescope nommé JWST afin d’obtenir des caractéristiques complémentaires.

Le télescope spatial JWST (James Webb spatial Telescop) conçu et réalisé par la NASA avec la contribution des agences européennes et canadiennes, sera lancé en 2018. Il possédera un miroir de près de 3 fois la taille de celui de Kepler. Arrivé sur un endroit de l’espace choisi pour sa stabilité (Lagrange point ), le télescope déploiera les 19 segments du miroir repliés pour le transport constituant ainsi le plus grand miroir de l’espace d’un diamètre de 6,50 m. Plus rapide, doté d’une haute résolution dans le domaine de l’infra-rouge, une de ses tâches sera d’analyser et de confirmer de nouvelles exoplanètes.

L’année 2024 verra le lancement d’un observatoire spatial nommé PLATO. Développé par l’agence spatiale européenne (ESA), sa mission devrait se révéler majeure dans la recherche extraterrestre. Les résultats de PLATO apporteront aux scientifiques du monde entier un corpus de connaissances suffisant à les éclairer sur le sempiternel questionnement de l’existence de vie ailleurs. Son champ d’investigation, dans la durée de sa mission de 6 années, sera élargi jusqu’à la moitié de la voûte céleste. L’enjeu au terme de cette mission déterminante sera de répondre à la question: Existe t-il d’autres systèmes terre-soleil semblables au notre?
La vie ailleurs pas si sûr que cela
A ce jour, rien ne vient troubler le silence des radiotélescopes de l’institut californienne SETI (Search for Extra Terrestrial Intelligence) à l’écoute d’éventuels signaux d’extraterrestres. L’idée bien ancienne, ancrée depuis des millénaires d‘une humanité unique dans l’univers resterait-elle encore souveraine? Aujourd’hui, les recherches n’ont guère abouti, aucune vie au-delà de notre planète n’a été décelée quelle soit au stade cellulaire ou développée. Toute conclusion serait trop hâtive et pour réussir ce nouveau challenge, il faudra attendre les résultats des futures investigations dotées des meilleures technologies. Dans une dizaine d’années, nous aurons une meilleure visibilité sur ce questionnement du siècle mais si malencontreusement les chances de trouver la vie ailleurs s’avéreraient faibles, nous devrons alors convenir à ce que l’humanité soit un concept unique dans l’univers, chût dans un endroit ridiculement minuscule qu’est notre Terre et si nous sommes seuls au monde, embrumé dans ce profond mystère, la question de la préservation de l’espèce humaine et de la vie deviendrait dominante.

Si, dans le cas contraire nous trouvions des pistes de vivant, l’envie qui a toujours taraudé l’Homme de retrouver son homologue dans des endroits inconnus ne pourrait s’affranchir d‘une crainte légitime, prégnante, face à de nouveaux dangers à l’échelle mondiale. Faudra t-il continuer notre course vers cette inconnue de l’Extra-Terrestre? Des civilisations probablement plus avancées pourraient présenter un danger réel d’agression. Aujourd’hui, nous sommes épargnés de ce type de rencontre digne des pires scénarios de science-fiction, nous sommes seuls, mais il n’est pas improbable qu’au siècle suivant, l’existence d’une vie ailleurs, intelligente, puisse se confirmer et les générations futures auront à surmonter un défi inédit dans notre histoire, celui d’assurer la sécurité de la planète bleue dans l’univers.

Claude Marchis

Sète, février 2017

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